Eveil

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Nos yeux, nos oreilles, le goût, la peau et l’odorat par leur nature même nous font voir, entendre, goûter et sentir. Notre seul choix est de fermer ces ouvertures.

C’est tellement extraordinaire de sentir le tout, que dans la finitude qui s’étale devant soi, l’on s’oblige à limiter la perception.

L’immensité fait un peu peur au vu des modèles qui nous sont exposés. Alors il faut diminuer la puissance de la perception, tirer les rideaux, diminuer le flux des sensations, se distraire de l’écoute, se distraire de l’écoute olfactive, abaisser la vision au niveau du défini, du délimité. Paraître normal quoi!

L’intelligence qui voit et comprend le tout dans une perception holistique a-t-elle sa place dans le monde manifesté autour de moi ?

Alors comme j’ai peur de décevoir mes proches, et même de les inquiéter, je vais sans rien dire et sans en avoir l’air fermer les vannes, diminuer le rhéostat de ma perception. J’abdique et entre en monde social.

Quelque chose en moi bouscule, crie peut-être, ne veut pas sûrement… Mais le silence qui m’absorbe engloutit ma décision.

J’ai su que je savais. J’ai vu que j’avais vu, j’ai compris où c’était, et de quoi il s’agissait. Mais j’ai décidé d’aller dans ce monde perclus en faisant demi-tour pour regarder et comprendre autrement.

Aujourd’hui, j’ai fait mes retrouvailles avec mon regard illimité, et mes sens en expansion. Chaque moment peut être l’occasion de revenir sur le chemin de mes sensations, de mes ressentis, de mes émotions, de mes compréhensions. Et je me rends compte que tout est disponible.

Et c’est possible parce que c’est déjà là, que je n’ai rien à créer. Je n’ai qu’à être plus simplement, plus sobrement là. Avec moins de bruits, moins de gesticulations, moins fort, moins volontaire. Plus petit, plus fin, plus sensible. Je dispose de tout pour y arriver.

Cette sagesse tant discutée et recherchée est là, tapie au fond de mon cœur n’attendant que l’ouverture pour expanser et m’envahir. Elle s’extraie de toutes mes cellules qui la contiennent, et en un flot inattendu se répand comme la vie se répand continument en moi.

Le rideau est ouvert, les vannes sont ouvertes. La fluidité engendre plus de fluidité et le flot ne cesse de forcir.
Son temps n’est pas celui de mon égo. La durée n’a aucun sens, elle n’existe pas. Elle est immédiatement reversée dans le présent qui en la résorbant dure inlassablement.

Le temps est une valeur d’énergie. Il est la matière en mouvement. Tout s’y dépose et tout s’y résorbe. Il est notre allié face au temps qui passe.

Le corps qui me porte dans le temps d’aujourd’hui est mon véhicule dans l’espace de maintenant. Il convient à sa tâche et dispose des facultés et des atouts pour vivre les expériences.

A l’intérieur et autour de lui, le grand conscient est aussi tapi discrètement dans ce corps. Et il nourrit la quête. Il donne inlassablement l’énergie.

Il est écoute et n’est pas toujours entendu car les tourbillonnements prévalent parfois. Il donne, redonne et donnera encore jusqu’à ce que mort s’ensuive!

Soyons simple, il est plus grand. Facile de se soumettre en ce cas! Que veux-tu faire ? Et que veux-tu d’autre ?

Dans cette soumission, dans cet abandon une grandeur immense s’étale alors, pleine de joie, de rires, de détente et bourrée de confiance. C’est la bourrée tantrique!!

Je rigole et même en cet instant, j’y suis…

La simplicité prévaut toujours. Et la sensation la précède et la poursuit.

Il n’y a pas d’insolence à être comme je suis. Ça laisse de la place à l’autre. Je me répands alors en moi-même et m’envahit par l’intérieur. Je m’emplis et fais la place en moi pour vivre ce que je suis et ma limite est naturelle. Je ne fais pas d’effort, je laisse vivre. Je me laisse respirer, voir, entendre, goûter, sentir, comprendre. Et j’entre en communication avec le grand, qui petit, est tapi au fond de mon coeur, me montrant que je suis respiré. Je suis jouissance et extase. Le rire est là, la sécurité intime est là, la gratitude aussi.

Je suis la connaissance. Comme chacun je la véhicule, et en cet instant j’en jouis. Il y a encore de la place….

Chacun est éveillé, c’est le propre même de la nature d’être humain.

Dominique Giral, 23 novembre 2010